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Pierre DESPROGES

Ecriveur Français
né(e) le 09 mai 1939 - décédé(e) le 18 avril 1988
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[Pierre DESPROGES]

Humoriste à tout faire, Pierre Desproges a touché à la presse écrite, à la radio, à la télévision, et s’est forgé une image de ciseleur de mots qui font mouche, et pas forcément pour rire.

Biographie

Par Antoine de Caunes



A en croire l’intéressé lui-même, Pierre Desproges serait né le 9 mai 1939 à Pantin, soit 11 jours exactement avant qu’André Gide, dont les romans lui serviront plus tard à caler sa table de chevet, ne soit le premier écrivain à entrer de son vivant dans la prestigieuse collection de "La Pléiade". Un an plus tard ce sont les allemands qui rentrent également de leur vivant non pas dans André Gide mais en France (juste pour situer).



Rejeton par son père d’une fière lignée limousine de souche, c’est peut-être à cette extraction légèrement bouseuse qu’il devra cet humour vache teinté d’un pessimisme plus radical que socialiste. Peut-être, mais pas seulement. Il faut savoir en effet que le berceau de la famille se trouve à Chalut (ça va, toi ?), un gros bourg de la Haute-Vienne sis à égale distance de Limoges et ses porcelaines d’une exquise délicatesse, et d’Oradour, village rendu célèbre le 10 juin 44 par la division das Reich qui improvisa un barbecue géant à la mode nazie. Ceci étant posé, il est intéressant de noter que Pierre Desproges a toujours tenu à rester très discret sur les 27 premières années de son existence qu’il emploiera principalement à découvrir ses auteurs fétiches : Léautaud, Brassens, Vialatte, Marcel Aymé - tiens, pour une fois y’a pas Céline- et à perdre ses illusions en apprenant qu’Aragon est au moins aussi épris des moustaches de Staline que de celles d’ Elsa. Mais également à voyager outre-mer, à l’occasion d’un douloureux séjour de 28 mois en Algérie sous prétexte de pacifier le bougnoule, et où, bien qu’il ne serve pas dans la légion étrangère, ses initiales claironnées à tue-tête dans des chambrées parfumées à la kro lui en feront voir de toutes les couleurs.



L’Algérie n’étant plus française, le voilà qui se lance dans la vie dite active : il fourgue des assurances-vie rebaptisées par lui "assurances-mort", il enquête pour l’IFOP sur des sujets aussi palpitants que la nécessité des enquêtes pour l’IFOP, il écrit des romans-photos pour le journal crypto-situationniste "La veillée des chaumières" et rédige le courrier du coeur de "Bonne soirée" avec la perspicacité et la sensualité rauque d’une Macha Béranger d’occasion - si l’on me passe le pléonasme. En mai 68, alors que les pavés volent et que les matraques pleuvent, il devient directeur commercial d’une fabrique de fausses poutres en polystyrène expansé, et bien que Julio Iglesias lui rachète une importante partie de son stock pour ses tenues de scène, il fait faillite. En 69, pendant que l’homme marche sur la lune, Pierre fait des pronostics à "Paris Turf": un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité. En 70, il voit enfin poindre l’aurore de ce qui va devenir sa carrière en entrant comme journaliste à l’Aurore, où il se met à accuser tout le monde à tort et à travers, à la place d’Emile Zola.



Pendant six ans il y tient la chronique "En bref" qui, comme le fera plus tard "La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède" à la télévision, divise déjà les lecteurs en deux catégories bien distinctes : les imbéciles qui aiment et les imbéciles qui n’aiment pas. En 75 Jacques Martin, dont rien ne laisse à penser qu’il deviendra quinze ans plus tard le croque-mitaine dégoulinant d’atroces bonnes intentions auquel des parents vidéomaniaques confient leur progéniture le dimanche après-midi pour les obliger à couiner du Michelle Torr sous l’oeil mouillé de leur grand-tante et parfois même de Michelle Torr elle-même, Jacques Martin, disais-je donc, un des princes de l’irrévérence de l’époque, le convie à rejoindre l’équipe du "Petit rapporteur" aux côtés de Daniel Prevost, Pierre Bonte, et d’un ou deux autres dont le nom a fini par échapper à tout le monde, à l’exception de ce gros con de Séphane Collaro dont la naturelle vulgarité suinte déjà sous le goitre balladurien naissant.



C’est un triomphe ! Brillant comme un diamant offert par Jean Bédel Bokassa à son ami Valéry, Pierre éblouit la France entière avec son air chafouin de premier communiant qui vient d’avaler une hostie douteuse. Et là, la machine s’emballe : Thierry Le Luron le fait monter avec lui sur la scène de l’Olympia tout juste libérée par Gilbert Bécaud puis l’entraîne sur les ondes de France-Inter pour une émission au titre explicite "Des parasites sur l’antenne". Le voici au théâtre, puis de retour sur Inter avec Le Luron. A voir ces deux gais-lurons - hum, surtout Thierry. . . - inséparables à la ville comme à la scène, le Tout-Paris, dont la principale activité consiste à supputer quelles zigounettes fricotent dans quels pilou-pilous, commence à jaser.



Le farouche hétérosexuel qu’est Pierre se doit de réagir. C’est donc avec Claude Villers qu’il choisit de faire équipe en enfilant non pas Luis Régo mais une robe de procureur, toujours sur Inter, pour un "Tribunal des Flagrants délires" où pendant deux ans il passera à la mitraille de ses sarcasmes les têtes de pont de l’actualité. Après s’être à nouveau fâché avec ses nouveaux amis (Pierre a ceci de commun avec un oeuf, il se brouille facilement), on le voit errer ici et là, publier son premier livre le jour même où Mitterrand déambule pompeusement dans le Panthéon à la recherche du tombeau de René Bousquet. Retour à la télé pour une centaine de minutes soit cent fois une minute avec le Monsieur Cyclopède cité plus haut et qui, avec un sens de l’absurde chauffé à blanc, tient ses promesses en plongeant dans la consternation la moitié de la population tout en pliant l’autre en deux.



Nous sommes en 83-84 -eh oui, je sais, déjà, et encore je vous la fait courte comme disait Waldheim-, le "Tribunal" rouvre ses portes sur Inter le temps d’instruire quelques nouveaux procès, le temps surtout pour Pierre de se laisser convaincre par son ami Bedos de monter enfin sur scène pour un one man très chaud. C’est un triomphe ! Je sais, je sais, encore un, mais comment qualifier autrement la tournée de six mois qui l’entraînera alors de salle bondée en salle bondée non seulement aux quatre coins de l’Hexagone -pour reprendre l’expression de Maurice Druon- mais encore sur toutes les scènes de la francophonie et parfois même des endroits où la main de l’homme n’a encore jamais mis le pied. Et puis encore des livres, dont un roman, encore de la radio, encore un spectacle, le branleur impénitent des débuts s’est transformé en bourreau de travail que tout le monde veut, que tout le monde réclame, y compris le cancer dont il ricanait depuis toujours avec un acharnement quasi- thérapeutique et qui vient se rappeler à son bon souvenir un certain 18 avril 88.



L’éloge post-mortem qu’il adressait à Jacques Lacan, l’une de ses innombrables têtes de turc, peut dès lors s’appliquer à son irremplaçable personne, je cite : "Pierre Desproges nous a quittés, trop tôt sans doute par rapport à l’immensité des conneries qu’il avait à nous dire"



Antoine de CAUNES A l’occasion de l’émission Desproges est vivantDocumentaire Canal+ - 1998

Oeuvres

NB: Cette bibliographie est donnée à titre indicatif seulement.
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Romans

  • Des femmes qui tombent (Point Virgule)

Posthumes

Divers


30 Citations

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Liens

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C'est un terrible avantage de n'avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser.

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