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Naturalisme

Ecole et doctrine littéraire fondées par Émile Zola au début de la IIIe République.

Plus anciennement, le mot "naturalisme" désignait en philosophie le "système de ceux qui attribuent tout à la nature comme premier principe" (Littré). En esthétique, le terme désignait la doctrine qui donne pour but à l’art l’imitation fidèle de la nature : c’est dans ce dernier sens que Baudelaire appelle Balzac un "naturaliste".

Zola et le groupe de Médan

Zola parle déjà des "écrivains naturalistes" dans sa préface à Thérèse Raquin en 1868; c’est à la même époque qu’il conçoit le projet des Rougon-Macquart sur le modèle de la Comédie humaine, de Balzac : ce vaste cycle romanesque forme vingt volumes, publiés entre 1871 et 1893, et raconte, comme le dit son sous-titre, l’"histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire" et ce sur cinq générations.

Après cinq romans qui évoquent l’irrésistible ascension de personnages de bourgeois, Zola connaît un grand succès en 1877 avec l’Assommoir, qui raconte la "déchéance d’une famille ouvrière dans le milieu de nos faubourgs" (préface). Ce roman rivalise avec le réalisme documentaire et "artiste" des frères Goncourt, qui avaient publié en 1865 Germinie Lacerteux, une étude d’après nature sur la dégradation pathologique d’une servante.

C’est à l’époque de la publication de l’Assommoir que Zola réunit tous les jeudis, dans la maison de campagne qu’il vient d’acheter à Médan, près de Paris, un groupe d’écrivains, parmi lesquels Maupassant, Huysmans, Céard, Hennique et Alexis. La pensée de ce groupe s’affirme en 1880, avec la publication d’un volume collectif, les Soirées de Médan. Parallèllement se constitue une véritable doctrine à travers les articles de Zola lui-même (le Roman expérimental, 1880). Le mouvement est porté par le succès commercial du romancier et par les attaques violentes qu’il subit de la part de la France conservatrice : "M. Zola, écrit Barbey d’Aurevilly, se vautre dans le ruisseau et il le salit." La composition du groupe, pris en pleine tempête de scandales, varie considérablement, au gré de la "trahison" de certains membres et de l’arrivée de nouveaux adeptes.

L’histoire du naturalisme s’ancre profondément dans la première période de la IIIe République, de la "débâcle" fondatrice de 1870 au tournant des années 1890 (c’est d’ailleurs avec le second Empire que s’achève l’histoire des Rougon-Macquart). Cette époque est marquée par la volonté des républicains modérés de se réconcilier avec l’Église, par l’abandon de tout espoir de restauration monarchique, et par un "retour offensif du mysticisme contre la science", retour décrié par Marcelin Berthelot, la figure emblématique du positivisme de la "République des savants". Zola lui-même se retrouve au centre de l’histoire politique au moment de l’affaire Dreyfus, puisqu’il prend vigoureusement parti pour Dreyfus et, avec son article "J’accuse", paru le 13 janvier 1898, fait naître la figure de l’intellectuel engagé.

La doctrine et l’écriture naturaliste

Balzac déjà avait représenté la ville comme une jungle et mis le réalisme sous le signe des sciences naturelles, mais ses romans restaient des romans de l’"âme". Zola, lui, légitime son entreprise littéraire par une référence systématique aux sciences de la nature : lutte pour la vie et sélection naturelle, lois de l’hérédité, démarche expérimentale et médicale.

Du point de vue de l’écriture, le naturalisme hérite des réalistes d’après 1850 tels que Champfleury ou Duranty, mais aussi du réalisme subjectif de Flaubert et surtout du souci documentaire et pourtant «artiste» des Goncourt, qui se disaient "à la fois des physiologistes et des poètes". Pour se documenter, Zola fit un nombre important de lectures, mais il mena également de nombreuses enquêtes sur le terrain (les Carnets de ces enquêtes ont été publiés) : cette méthode lui a valu d’incarner à jamais le stéréotype du romancier "observateur", qui se répandra bien au-delà du naturalisme.

L’imaginaire naturaliste

Les naturalistes se sont référés à Schopenhauer pour son pessimisme joyeux et surtout son idée d’une «volonté» amorale qui alimenterait la vie et ne se suspendrait que dans la contemplation esthétique. Cette force vitale, sous la forme de l’"instinct", du "tempérament", de la "fêlure héréditaire", de l’appétit, du désir, c’est-à-dire en fin de compte de la nature, est au coeur de l’imaginaire naturaliste.

Quand le personnage du roman naturaliste est coupé de cette nature, sa vie est étouffée. Quand il est dominé par la nature, le personnage devient un "rapace", avide d’argent, de pouvoir, de vice, profondément immoral. Parfois, son instinct dévorant l’amène à la déchéance : dans l’alcoolisme ou dans la prostitution. La foi religieuse devient parfois elle-même pulsion destructrice. Tout cela nous ramène à l’idée principale du naturalisme : sous l’homme social se cache la bête.

Gilles Deleuze a proposé une définition du naturalisme comme catégorie esthétique, caractérisée par le doublage d’un "milieu déterminé" par un "monde originaire" fait de "pulsions", qui "prolonge le réalisme dans un surréalisme particulier".

Source

  • Poésies.be : Naturalisme (Lien brisé)

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