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Romantisme

Courant littéraire, culturel et artistique européen dont les premières manifestations, en Allemagne et en Angleterre, datent de la fin du XVIIIe siècle. Il se manifesta par la suite en France et en Italie, mais aussi en Espagne, au Portugal et dans les pays scandinaves au cours des premières décennies du XIXe siècle. Le romantisme est un courant de sensibilité et de pensée qui a influencé l’art et la culture de toute l’Europe, et non une école.

Précurseurs

Quelques écrivains de la fin du XVIIIe siècle, sont considérés comme des précurseurs du romantisme, des "préromantiques" , pour reprendre un terme inventé par la critique au début de notre siècle. Il y a déjà, en effet, dans les oeuvres de Rousseau comme dans celles de Senancour, les premières expressions d’un des aspects les plus importants du romantisme : le sentiment de la nature, exprimé comme une extase fondée sur la ressemblance entre le paysage intérieur (celui de l’âme) et le paysage extérieur. Il y a déjà, aussi, dans René ou les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, une peinture de ce «mal de vivre» ou de ce «mal du siècle» qui devait être le thème privilégié de la poésie romantique, celle de Vigny ou de Musset par exemple.
Même si l’adjectif "romantique" était apparu dès l’âge classique pour concurrencer l’adjectif "romanesque" , il ne prit son sens moderne que progressivement, par opposition à l’adjectif "classique" (c’est ainsi que l’employèrent d’abord Goethe, Schlegel, Stendhal, etc.). En France, c’est Rousseau, dans les Rêveries d’un promeneur solitaire (1776-1778 - posthume, 1782), qui fut l’un des premiers écrivains à lui donner son sens actuel en l’utilisant pour qualifier le caractère pittoresque et sauvage d’un paysage.
En Allemagne, le même adjectif fut utilisé pour désigner la poésie médiévale et chevaleresque, après De l’Allemagne (1813), de Mme de Staël, qui introduisit en France les oeuvres de la littérature allemande, notamment celles du Sturm und Drang. Ce n’est que par la suite que la forme nominale, "romantisme" , fut employée.
Caractéristiques
S’il est possible de dégager un certain nombre de caractéristiques communes aux romantismes des divers pays d’Europe, chacun n’en demeure pas moins très spécifique, en raison des conditions politiques et sociales particulières dans lesquelles il se développa.
Il est vrai que tous ces romantismes nationaux eurent en commun d’être des mouvements destructeurs, rejetant les préceptes rationalistes du siècle des Lumières et les canons esthétiques du classicisme. En outre, à travers tout le courant européen du romantisme, des traits généraux s’affirmèrent nettement : la critique du rationalisme, la renaissance de l’intérêt pour la période médiévale gothique, le goût pour les paysages d’un Orient poétisé et pour l’évocation de la vie intérieure, la prééminence accordée au rêve et à l’imagination créatrice, et surtout un intérêt accru pour l’individu, perçu comme origine de la représentation.

Nous ne traiterons ici que le Romantisme Français. Pour plus d’information, voir les liens en bas de page.

Romantisme français
Manifestes et polémiques

C’est sans doute la force du classicisme en France, la réussite indiscutable et écrasante des tragédies raciniennes, par exemple, et l’immobilisme des institutions littéraires, alliés à un certain conservatisme littéraire, social et politique, qui explique la naissance tardive du romantisme français par rapport au romantisme allemand ou anglais.
Dans ce contexte, les jeunes auteurs romantiques eurent en effet fort à faire pour s’imposer : leur goût de la polémique et de la provocation, tel qu’il s’exprime notamment dans les manifestes et dans les préfaces de leurs oeuvres, vient de là. En réalité, l’opposition entre classicisme et romantisme, entre souci d’équilibre et d’harmonie d’une part et lyrisme débridé d’autre part, si souvent mise en avant par les romantiques comme par leurs détracteurs, doit être nuancée, car l’audace formelle du romantisme par rapport à la norme classique est, dans beaucoup de cas, moins importante qu’il n’y paraît. En outre, sur le plan thématique, les poètes romantiques utilisent couramment des mythes de l’Antiquité grecque ou romaine.
Les mythes faisant référence à la nature d’un point de vue panthéiste étaient, en particulier, un moyen d’exprimer le sentiment d’une identité secrète entre la nature créée et l’âme humaine : c’est le thème fameux du paysage comme reflet de l’âme (ou de la nature comme miroir de l’âme). La poésie, avant Baudelaire et sa poétique des Correspondances, était donc déjà, pour les romantiques, un outil privilégié pour dévoiler les liens cachés qui organisent l’univers.

Poésie et mal du siècle
Ce sont les Méditations (1820) de Lamartine qui constituent traditionnellement l’acte de naissance du lyrisme romantique en France.
La poésie romantique française, dès l’origine, eut pour maître-mot l’émotion. Marquant l’émergence de l’individu, elle met en avant l’expression, à la première personne, des sentiments et des états d’âme du poète. Loin des recherches formelles gratuites, cette poésie ne semble avoir d’autre thème, d’autre principe unificateur ni d’autre fin que le sujet lui-même. Celui-ci, fasciné par la complexité de son être intérieur, écrit moins pour un lecteur que pour y trouver "un soulagement de propre coeur" (Lamartine).
Ce lyrisme, qui confinait parfois à la sensiblerie, fut d’ailleurs condamné par les générations suivantes, notamment par les auteurs symbolistes. Cependant, il ne faut pas oublier que cette poésie fut aussi révolutionnaire et engagée (notamment Hugo avec les Châtiments et Lamartine avec son Recueillement poétique, 1839) : les complaintes romantiques ne sauraient, de ce fait, être interprétées comme les symptômes d’un narcissisme maladif et d’un repli exclusif sur les préoccupations d’ordre privé.

Drame romantique
Le romantisme français présente cette particularité d’avoir été un mouvement dont les mots d’ordre étaient plus esthétiques que spéculatifs : dès le Racine et Shakespeare (1823-1825), de Stendhal, commença une remise en cause des préceptes esthétiques du classicisme (en l’occurrence ceux de la tragédie néoclassique) au profit de la dramaturgie shakespearienne et de ses démesures.
La génération romantique (Hugo, Musset, Vigny, Gautier, Nerval, Sainte-Beuve) qui formait le Cénacle participa à un mémorable scandale, survenu lors de la représentation du drame Hernani (1830), de Victor Hugo, et connu sous le nom de "bataille d’Hernani" . La révolution à laquelle procédait le drame hugolien remettait en question les préceptes dont la tragédie était dotée depuis le Grand Siècle, notamment la règle fondamentale des trois unités. Selon cette règle, l’intrigue devait former un tout (unité d’action), cependant que la scène devait ne représenter qu’un seul lieu (unité de lieu) et le temps de la représentation ne pas dépasser vingt-quatre heures (unité de temps).
Le théâtre de Victor Hugo, mais aussi celui de Musset, bouleversaient toutes ces prescriptions. La dramaturgie romantique multipliait les personnages et les lieux, mêlait le vers et la prose, le style haut et le style bas, le sublime et le grotesque, le beau et l’horrible. La Préface de Cromwell, qui contient un exposé de la poétique hugolienne, est une véritable défense et une illustration du drame romantique; elle servit de manifeste à la littérature romantique.

Postérité du mouvement romantique
Le romantisme français fut particulièrement varié et vigoureux dans ses manifestations, puisqu’il s’incarna dans la peinture, la musique, l’histoire, la politique, la critique littéraire, le théâtre, la poésie, le roman, l’essai, les mémoires, etc. De nombreux auteurs et artistes ne se réclamant pas du romantisme furent pourtant si profondément influencés par lui qu’ils lui sont traditionnellement associés dans l’histoire culturelle française.
Après le foisonnement des oeuvres entre 1830 et 1840, l’échec du drame des Burgraves (1843) marqua en France la fin de la période romantique. Toute la production littéraire d’écrivains qui, à un titre ou à un autre, se rattachèrent au romantisme (Nerval, Gautier, Baudelaire) ne relève plus, alors, du mouvement de 1830. Cependant, même officiellement mort aux alentours de 1850, le romantisme a pourtant survécu par l’influence, affichée ou souterraine, qu’il exerça sur les choix thématiques et sur la sensibilité des auteurs modernes.

Source

  • Poésies.be : Romantisme (Lien brisé)

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